Collection Epistrophy

Charles Mingus

Moins qu’un chien

Moins qu'un chien

Récit recueilli par Nel King, traduit de l'américain par Jacques B. Hess.  

Collection : Epistrophy
15,5 × 24 cm, 256 p., 1982 [19852, 19923, 19964, 20035, 20106].
ISBN 2-86364-016-X
Prix : 14 €

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Être moins qu’un chien c’est, dit Charles Mingus tout au long de son autobiographie, être noir et musicien de jazz dans une Amérique blanche qui ne quitte l’indifférence ou le mépris de la communauté noire que pour piller ses valeurs culturelles. C’est, heurté aux refus et vexations, à la dépossession, comprendre très vite, si l’on n’accepte pas de se plier aux codes esthétiques dominants, si l’on est porteur d’un monde aussi neuf et intransigeant que l’œuvre mingusien, que l’on ne pourra jamais vivre correctement de sa musique, qu’il faudra au contraire trouver tous les moyens de survivre — jusqu’à l’exploitation d’autrui — pour lui permettre de se faire entendre. Être moins qu’un chien c’est, tout en luttant contre le pouvoir blanc par la charge revendicative de la création, être forcé, dans le quotidien, de jouer son jeu.
Charles Mingus : « Ma musique est vivante, elle parle de la vie et de la mort, du bien et du mal. Elle est colère. Elle est réelle parce qu’elle sait être colère. »
Et l’écrivain James Baldwin : « Être noir aux États-Unis, c’est être en colère tous les jours. »
Quand la rage de Mingus passe par les mots, cela donne cette fresque corrosive qu’est Moins qu’un chien, cynique souvent, impitoyable pour soi, mais surtout pour ceux qui oppressent, copient ou transigent. Pages où la demi-teinte n’est pas de mise‑ ; empreintes de la même « exagération » que les compositions du bassiste — humoreuses, sarcastiques, mais tendres et mélodiques aussi. Ménippée de l’emportement, du désir et de la violence, criant que la transformation du monde s’ouvre par l’affirmation brutale de l’individualité et l’épreuve immodérée de l’amour.